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Quand Léger et les Nouveaux Réalistes font entrer le quotidien dans l’art au Musée du Luxembourg
18 avril 2025
Quand Léger et les Nouveaux Réalistes s’emparent du quotidien, l’objet ordinaire devient star. À travers une mise en scène audacieuse et des dialogues saisissants entre les œuvres, l’exposition "Tous Léger !" au Musée du Luxembourg révèle la beauté des choses simples.
« L'objet [...] devait devenir personnage principal et détrôner le sujet. »
Au XXe siècle, les objets sont au cœur de la vie moderne. Leur multiplication sans précédent modifie profondément les activités humaines et les cadres de vie. Bien que leur omniprésence les rendent presque invisibles, c’est précisément autour de ces objets, véritables symboles de la société moderne, que Fernand Léger et les Nouveaux Réalistes vont construire une nouvelle vision de l’art.
D’après Léger, “80% des éléments et objets qui nous aident à vivre ne sont qu’aperçus par nous dans la vie courante, tandis que 20% sont vus”. Or si l’on prend la peine de les regarder, ils ont de quoi fasciner par leur aspect standardisé, leur fini lisse et coloré.
Les objets présents dans l’exposition témoignent de cette beauté du quotidien. Ils ne sont pas symboliques, comme cela pouvait être le cas dans la peinture ancienne, mais valent principalement par leurs qualités plastiques.
Si Fernand Léger représente ces objets dans nombre de ses toiles, les Nouveaux Réalistes choisissent parfois d’insérer directement des objets dans leurs œuvres. Ils s’approprient, accumulent, assemblent des objets pour révéler leur potentiel plastique.
La Joconde aux clés : un trousseau en guise de portrait
Icône de la peinture classique, La Joconde s’invite en 1930 dans une œuvre inattendue de Léger. Mais cette fois, ce n’est plus son regard qui capte l’attention : c’est un trousseau de clés. Isolé, centré, agrandi, il devient le véritable sujet du tableau. Aux côtés d’une boîte de sardines, autre objet sans noblesse apparente, il flotte dans un espace sans profondeur, libéré de la table et de toute perspective.
Avec La Joconde aux clés, Léger pousse encore plus loin ses recherches sur l’objet. Il joue sur les contrastes, les couleurs, les échelles. Il met au même niveau une figure mythique de la Renaissance et un objet symbole de la modernité industrielle. Ici, l’objet utilitaire n’est plus décoratif : il devient le pivot de la composition, le héros du quotidien.
Cette logique se prolonge dans les années 1960, notamment chez Raymond Hains, dont l’œuvre Seita présentée dans l’exposition résonne avec celle de Léger. Avec sa boîte d’allumettes géante, fidèle reproduction d’un modèle courant, il détourne les codes de l’œuvre d’art et pose, avec humour, la question de ce qu’on choisit de regarder.
En filigrane, une même volonté : ralentir, observer, magnifier ce qui semble insignifiant. Une façon de dire que l’art peut surgir n’importe où. Même au fond d’un vide-poche.
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