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La forêt magique ou le sacre des bois !
17 août 2022
Promenez-vous dans les salles de l'exposition immersive, comme dans une forêt ! Les oeuvres exposées et les sons de la scénographie sensorielle installent un dialogue fertile entre la nature et la culture ; une dialectique intemporelle qui résonne fortement avec notre époque !
Une exposition à visiter jusqu'au 19 septembre au Palais des Beaux-Arts de Lille !
Si le Petit Prince de Saint Exupéry redoute les baobabs - relire le chapitre 5 ! -, c’est parce qu’ils peuvent par leur stature colossale détruire toute sa planète. Preuve que les arbres forcent l’imagination !
La forêt revêt, il est vrai, un caractère magique par le monde mystérieux qu’elle représente en opposition avec la civilisation. Nature et culture forment une dialectique qui a fait couler beaucoup d’encre, et anime encore les débats aujourd’hui, comme en témoigne la volonté de végétaliser les villes, par exemple.
L’homme est un être de culture qui contraint la nature, la domestique pour lui retirer sa dangerosité supposée. Car dans l’ombre des bois sommeillent bien des mystères ; une idée que les contes et légendes ont largement alimentée en peuplant les bois d’êtres sur-naturels ou d’animaux carnassiers : « Loup, y es-tu ? » ; « promenons-nous dans les bois tant que le loup n’y est pas », fredonnent les enfants avant de s’enfoncer dans la pénombre. Paradoxe étrange d’ailleurs de cette forêt jugée inquiétante mais dans laquelle on envoie les enfants comme dans l’antre du Minotaure… La forêt magique des contes est un lieu profane de conversion : on y entre enfant, et on en sort aguerri et prêt à affronter le monde adulte !
Baudelaire, sensible à la fonction initiatique de la forêt, nous invite dans le poème "Correspondances" à voir dans la nature « un temple » dont il s’agirait pour l’arpenteur contemplatif de déchiffrer les énigmes. L’homme est en effet un hôte des bois lorsqu’il s’y enfonce : il doit en respecter le caractère sacré.
La deuxième section de l’exposition « LE BOIS SACRÉ » s’intéresse justement aux différentes formes du sacré qui font de cet espace a-politique - au sens étymologique « hors de la cité des hommes » - une terre fertile en mystifications :
« Dans presque toutes les traditions premières en effet, on trouve un arbre cosmique, intermédiaire entre le monde souterrain des enfers, la terre et le ciel, un arbre de vie, et plus tard des bois sacrés, sanctuaires protégés, sortes de « centres du monde ». (extrait du catalogue de l’exposition)
L'exposition interactive montre comment la fiction s’empare depuis quelques décennies de cet arbre primordial ; l’arbre-monde dans Avatar de James Cameron est une parabole de l’opposition cataclysmique entre les êtres naturels d’une part et ceux qui la colonisent et représentent la culture dans tout ce qu'elle a de mortifère.
Au côté d'installations contemporaines, la scénographie propose des oeuvres plus anciennes comme le dessin choisi pour illustrer l'article : Paysage rocheux avec Saint-Jérôme dans sa grotte de Brueghel l'Ancien. Véritable lieu d'ermitage, la forêt abrite ici Saint Jérôme dont la silhouette se fond dans le paysage rocailleux jusqu'à s'y dissoudre ; l'artiste ramène l'homme à son état "naturel" par essence. Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson expérimente lui aussi l'ermitage et nous livre une véritable ode à la forêt, à la mesure de l’exposition immersive éco-conçue comme une invitation à repenser notre rapport à la forêt !
« Alors, promenons-nous dans les bois… »
Cette exposition est organisée par le Palais des Beaux-Arts de Lille, en coproduction avec la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, et dans le cadre de la 6eme édition thématique de lille3000, UTOPIA.
Catalogue écoconçu réalisé par les éditions de la Rmn-GP à découvrir !
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