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Tarsila do Amaral et le mouvement anthropophage : quand l’art brésilien "dévore" l’Europe

13 décembre 2024

Et si l’art pouvait "dévorer" les influences pour mieux se réinventer ? Avec le mouvement anthropophage, Tarsila do Amaral et ses contemporains ont façonné une identité brésilienne unique, métissée et audacieuse. Une aventure artistique hors du commun à découvrir au Musée du Luxembourg avec l’exposition "Tarsila do Amaral. Peindre le Brésil moderne" jusqu’au 2 février.

L’origine d’un tournant artistique et littéraire

En 1928, Tarsila do Amaral offre un tableau singulier à son mari Oswald de Andrade, à l’occasion de son anniversaire. Intitulé Abaporu ("homme qui mange un autre homme" en tupi-guarani), cette œuvre est le point de départ d’un tournant artistique et littéraire. Oswald, inspiré par cette figure énigmatique aux pieds massifs enracinés dans la terre, conçoit le Manifesto Antropófago : le texte fondateur du mouvement anthropophage !

L’anthropophagie ou l’art de “dévorer” les influences étrangères

L'anthropophagie fait référence à une pratique autochtone consistant à dévorer l'autre pour en assimiler ses qualités. Métaphoriquement, cela décrit la manière dont les Brésiliens s'approprient et réinventent les cultures étrangères et colonisatrices pour créer une identité brésilienne unique.

Ce mouvement cherche à rompre avec la domination européenne en valorisant les racines indigènes, africaines et rurales du pays. L’objectif est clair : construire une identité brésilienne authentique, née de ce métissage culturel.

Abaporu, une œuvre symbolique

Abaporu V, 1928 © Photo Romulo Fialdini © Tarsila do Amaral Licenciamento e Empreendimentos S.A

Dans les années 1928 à 1930, Tarsila do Amaral délaisse les thèmes populaires et les formes cubistes pour un style plus symbolique. Elle "digère" les influences européennes et brésiliennes pour créer des œuvres qu’elle qualifie de "brutales et sincères". Ces peintures, à la fois énigmatiques et évocatrices, fusionnent éléments naturels et architecturaux dans des paysages à la dimension onirique.

Inspirée par un voyage à Salvador de Bahia, où la population afro-descendante survit difficilement, Abaporu est l’une de ses œuvres les plus emblématiques et une réalisation clé dans l’art brésilien du XXème siècle. Décliné en peinture et en dessin, ce personnage aux proportions gigantesques, solidement enraciné et accompagné d’un cactus majestueux, symbolise une identité brésilienne nouvelle et affirmée.

Avec ses couleurs audacieuses, issues de son enfance et souvent jugées vulgaires ou naïves par la culture dominante, et sa relecture du mythe du "bon sauvage", Tarsila explore la richesse et la diversité de l’identité brésilienne. Dès les années 1920, elle se démarque comme une artiste visionnaire, amorçant une réflexion néo-coloniale moderne et toujours d’actualité.

Une artiste visionnaire

À cette même époque, les formes de l’artiste brésilienne s’adoucissent et ses toiles se rapprochent des mouvances surréalistes et primitivistes de l’époque. Ses œuvres, avec leurs imaginaires oniriques et religieux, se distinguent par des formes sinueuses et cylindriques, également nourries de ses souvenirs d’enfance.

Floresta,1929 © MAC USP Collection [Museu de Arte Contemporânea da USP Collection, São Paulo, Brazil] photo Romulo Fialdini © Tarsila do Amaral Licenciamento e Empreendimentos S.A
O Touro, 1928 © Photo Romulo Fialdini © Tarsila do Amaral Licenciamento e Empreendimentos S.A 
Urutu, 1928 © Gilberto Chateaubriand MAM Rio de Janeiro, Photo Romulo Fialdini and Valentino Fialdini © Tarsila do Amaral Licenciamento e Empreendimentos SA

En 1929, Tarsila expose à Rio de Janeiro et São Paulo, consolidant son statut d’icône nationale. Elle est alors surnommée "la plus grande peintre du Brésil" par ses pairs du mouvement anthropophage et unanimement honorée par la critique et le public pour avoir su retrouver au cœur de sa formation parisienne, "le temps perdu de sa mémoire".

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